Ce qui rend l'étude de prix gros œuvre particulière
Le gros œuvre est le lot où la quantité ne suffit pas à faire le prix. Un mètre cube de béton coulé dans une semelle ne coûte pas ce que coûte un mètre cube coulé dans un voile de grande hauteur : la différence tient au coffrage, aux aciers et au temps passé. C'est pourquoi l'étude décompose chaque ouvrage en trois ressources.
Le béton se compte en mètres cubes en place. Le coffrage se compte en mètres carrés de surface coffrée, c'est-à-dire de béton en contact avec le moule. Les armatures se comptent en kilogrammes, à partir des plans de ferraillage quand ils existent, ou par un ratio de kilos d'acier par mètre cube fourni par le bureau d'études structure.
Le deuxième trait du lot, c'est le poids des frais fixes. La grue, la base vie, l'étaiement, l'encadrement de chantier se paient au mois. Un planning plus long de quelques semaines change donc le prix du lot sans qu'aucune quantité ne bouge.
Le troisième, c'est le niveau d'avancement des plans. À la consultation, les plans de structure sont parfois sommaires. L'étude de prix doit alors s'appuyer sur des hypothèses écrites, que l'offre rappelle, pour que l'entreprise ne porte pas seule l'écart entre le dossier et l'exécution.
Décomposer le prix du gros œuvre, ouvrage par ouvrage
La décomposition suit la construction, du bas vers le haut. Elle reprend en général le découpage du CCTP, lui-même calé sur les DTU du lot : le NF DTU 13.11 pour les fondations superficielles, le NF DTU 21 pour les ouvrages en béton, le NF DTU 20.1 pour la maçonnerie de petits éléments.
Fondations et infrastructure
Semelles filantes et isolées, longrines, gros béton, voiles enterrés. On chiffre les fouilles si elles sont au lot, le béton de propreté au mètre carré ou au mètre cube, puis le béton armé. Les semelles se coffrent peu, voire pas du tout quand elles sont coulées en pleine fouille : leur prix au mètre cube est souvent le plus bas du lot.
Superstructure
Voiles, poteaux, poutres, dalles. Les poteaux et les poutres consomment beaucoup de coffrage pour peu de béton, ce qui renchérit leur mètre cube. Pour les planchers, le système compte autant que la quantité : dalle pleine coulée sur coffrage, prédalles, poutrelles et entrevous. Chacun a son unité, en général le mètre carré de plancher, et son propre sous-détail.
Maçonnerie et ouvrages divers
Murs en blocs au mètre carré, chaînages et linteaux au mètre linéaire, appuis de baies, réservations et scellements à l'unité. Ces petites lignes sont nombreuses ; elles représentent du temps de compagnon et se perdent facilement si l'on chiffre seulement les grandes masses.
Exemple d'étude de prix gros œuvre : un voile béton armé
Exemple. Un voile en béton armé de 20 cm d'épaisseur mesure 15,00 m de long et 3,00 m de haut. Sa surface vaut 15,00 × 3,00 = 45,00 m² sur une face. Son volume vaut 45,00 × 0,20 = 9,00 m³. Le coffrage couvre deux faces, soit 90,00 m², en négligeant les abouts pour simplifier.
Pour les aciers, le bureau d'études n'a pas encore produit le plan de ferraillage. On applique un ratio de 40 kg par mètre cube, donné ici comme hypothèse d'exemple : 9,00 × 40 = 360 kg. Ce ratio doit venir du bureau d'études ou de vos propres affaires, et il figure en toutes lettres dans les hypothèses de l'offre.
Le tableau valorise les trois ressources avec des prix unitaires d'exemple, puis ramène le total au mètre carré de voile. Cette conversion sert quand le cadre de prix demande un voile « au mètre carré, toutes sujétions comprises » alors que l'étude a été faite par ressource. L'inverse se fait aussi : une DPGF qui sépare béton, coffrage et aciers se remplit directement avec les trois sous-totaux.
On remarque que le coffrage pèse plus lourd que le béton dans cet exemple. C'est fréquent sur les voiles et les poteaux, et c'est pour cela qu'un métré qui oublie les surfaces coffrées sous-estime le lot, même quand les volumes sont justes.
Sur les plans, une seule mesure alimente les trois ressources : le linéaire du voile. Tracé une fois sur la vue en plan, il donne la surface par la hauteur d'étage, le volume par l'épaisseur, et le coffrage en doublant la surface. Gardez une ligne de métré par épaisseur de voile et par niveau ; c'est elle qui permet ensuite de vérifier le ratio d'acier quand le ferraillage arrive.
| Ressource (exemple) | U. | Qté | PU HT exemple | Total HT | |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Béton selon CCTP, mis en œuvre | m³ | 9,00 | 160,00 € | 1 440,00 € |
| 2 | Coffrage deux faces | m² | 90,00 | 32,00 € | 2 880,00 € |
| 3 | Armatures, ratio d'exemple 40 kg/m³ | kg | 360 | 2,10 € | 756,00 € |
| 4 | Voile V1 | 5 076,00 € | |||
| 5 | Ramené au m² de voile : 5 076,00 € ÷ 45,00 m² | m² | 45,00 | 112,80 € |
Les frais fixes de l'étude de prix gros œuvre
Les frais fixes se chiffrent à partir d'un planning, même sommaire. On estime la durée du gros œuvre par phase, puis on valorise chaque moyen au temps : la grue au mois de location et de grutier, la base vie au mois, l'étaiement par rotation de plancher. Un lot chiffré sans planning sous-estime presque toujours ces postes.
Le cadre de prix les accueille de deux façons. Soit une ligne d'installation de chantier au forfait, soit une répartition dans les prix unitaires. Lisez le CCTP et le cadre : s'il existe une ligne dédiée, mettez-y tout, pour que le maître d'œuvre compare des choses comparables.
Certains postes relèvent de l'entreprise de gros œuvre par habitude, mais pas toujours : plans d'exécution, études de structure complémentaires, carottages et réservations pour les lots techniques, nettoyage commun. Le CCTP et le compte prorata de l'affaire disent qui paie quoi ; à défaut, posez la question pendant la consultation.
- Installation et repli de la grue, location mensuelle, grutier
- Base vie, clôtures, branchements provisoires
- Étaiement et coffrages outils, par rotation
- Encadrement : chef de chantier, conducteur de travaux
- Études et plans d'exécution, si prévus au lot
- Réservations pour les lots techniques, selon le CCTP
Rapportez le total du lot à la surface de plancher et au volume de béton. Comparez avec deux ou trois affaires passées de même nature. Un écart fort se justifie par une hypothèse précise, ou il cache une erreur.

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